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Le magazine toulousain indépendant

À Toulouse, ce que 79 ans de relevés météo montrent vraiment sur l’évolution des températures

Publié le 27 juillet 2026 par Ranoro
Vignette éditoriale 16:9 sur la hausse des températures à Toulouse

Quand les débats deviennent bruyants, les séries longues ont parfois une vertu simple : elles obligent à regarder les faits. Un document fondé sur 79 ans de relevés de la station Toulouse-Blagnac permet justement de sortir des slogans pour revenir à une question beaucoup plus sobre : que montrent réellement les températures observées à Toulouse depuis 1947 ?

La réponse, si l’on s’en tient aux chiffres, est nette. La ville — ou plus précisément la station de référence de Toulouse-Blagnac — est aujourd’hui beaucoup plus chaude qu’au milieu du XXe siècle. Et ce réchauffement ne se lit pas seulement dans une moyenne annuelle : il se voit aussi dans le nombre de jours très chauds, dans les nuits tropicales et dans le recul du gel.


📊 Une série longue, continue, et donc précieuse

Le document s’appuie sur la station Meteostat 07630, située à Toulouse-Blagnac, à environ 7 kilomètres du centre-ville. La série couvre la période allant du 1er janvier 1947 au 18 mars 2026, mais l’année 2026, incomplète, a été exclue des statistiques annuelles. Au total, l’analyse porte donc sur 1947-2025, soit 79 ans de données.

Autre point important : la série ne présente aucun jour manquant sur les températures minimales et maximales. Pour un travail de lecture dans le temps long, c’est un socle robuste.

Le document rappelle toutefois une limite méthodologique qu’il faut conserver en tête : il s’agit d’une série de station unique, sans homogénéisation. Autrement dit, elle reflète à la fois un signal climatique général et, potentiellement, des effets plus locaux comme l’évolution de l’environnement autour de la station ou l’urbanisation progressive du secteur.


🌡️ Une hausse de 2,6 °C depuis 1947

Le chiffre le plus frappant est probablement celui-ci : entre 1947 et 2025, la température moyenne annuelle observée à Toulouse-Blagnac a progressé de +2,6 °C.

Le document chiffre cette évolution à +0,34 °C par décennie. Sur une seule année, cela peut sembler abstrait. Sur près de huit décennies, cela devient considérable.

Autre élément marquant : l’écart à la normale de référence 1961-1990 s’installe durablement à la hausse. Le document note qu’aucune année depuis 1986 n’est repassée sous cette normale. Ce point est important, car il ne raconte pas seulement une succession d’années exceptionnellement chaudes : il montre un déplacement durable du niveau de base.


☀️ Ce sont les étés qui changent le plus vite

Le réchauffement n’est pas identique selon les saisons. Là aussi, la série permet d’aller au-delà des impressions.

  • Hiver : +0,26 °C par décennie
  • Printemps : +0,31 °C par décennie
  • Été : +0,44 °C par décennie
  • Automne : +0,33 °C par décennie

Le signal le plus fort se situe donc en été. C’est la saison dont la moyenne glissante augmente le plus vite dans le document. Et ce détail compte beaucoup, car c’est aussi l’été qui pèse le plus directement sur la sensation locale de bascule : chaleur plus fréquente, épisodes plus lourds, nuits moins récupératrices, pression accrue sur les bâtiments et les usages urbains.


🔥 Les journées très chaudes se multiplient

Le document ne montre pas seulement une moyenne qui grimpe. Il montre aussi que les seuils de forte chaleur deviennent beaucoup plus fréquents.

Sur la période 1947-1976, Toulouse-Blagnac enregistrait en moyenne 20,4 jours par an à 30 °C ou plus. Sur la période 1996-2025, on passe à 36,5 jours par an.

Autrement dit, on n’est plus simplement dans une légère hausse : on parle d’un changement de rythme. Les journées très chaudes ne sont plus des épisodes ponctuels du plein été. Elles occupent désormais une place beaucoup plus large dans l’année météorologique locale.

Le même phénomène apparaît pour les jours à 35 °C ou plus : on passe de 1,6 jour par an à 6,3 jours en moyenne sur les normales glissantes comparées.


🌙 Les nuits tropicales progressent encore plus vite

S’il fallait retenir un autre indicateur très concret, ce serait peut-être celui des nuits tropicales, c’est-à-dire des nuits où la température minimale ne descend pas sous les 20 °C.

Dans la période 1947-1976, on en comptait en moyenne 3 par an. Dans la période 1996-2025, on monte à 14 par an.

Le document résume cela par un facteur de 4,7. C’est sans doute l’un des indicateurs les plus parlants pour la vie quotidienne, car une nuit tropicale ne se contente pas d’illustrer la chaleur : elle modifie aussi le repos, la ventilation des logements, la fatigue accumulée et le ressenti global des épisodes estivaux.


❄️ En parallèle, le gel recule nettement

L’autre versant du tableau, moins spectaculaire visuellement mais tout aussi important, c’est la baisse du nombre de jours de gel.

Sur la période 1947-1976, on comptait en moyenne 42,5 jours de gel par an. Sur 1996-2025, on tombe à 25,2 jours.

Le document résume cette évolution par une formule simple : environ un tiers de jours de gel en moins. Là encore, on ne parle pas d’un record isolé, mais d’un déplacement durable du climat observé.


🏆 Les années les plus chaudes sont presque toutes récentes

Le classement des années les plus chaudes raconte lui aussi quelque chose de très net.

  • 2022 : 16,27 °C
  • 2023 : 15,73 °C
  • 2025 : 15,63 °C
  • 2020 : 15,38 °C
  • 2018 : 15,11 °C
  • 2003 : 15,09 °C
  • 2024 : 15,07 °C
  • 2011 : 15,05 °C

Le cas de 2022 ressort nettement : année la plus chaude de la série, avec 71 jours à 30 °C ou plus, 24 jours à 35 °C ou plus et 34 nuits tropicales.

Le record absolu de chaleur maximale relevé dans le document est attribué à 2023, avec 42,4 °C.


🧭 Ce que ces données disent — et ce qu’elles ne disent pas

La force de ce document, c’est qu’il permet de rester sur un terrain simple : des relevés, des séries, des comparaisons, des tendances. Pas besoin d’en rajouter.

Ce qu’il dit clairement, c’est qu’à l’échelle de Toulouse-Blagnac :

  • la température moyenne annuelle a nettement monté,
  • les étés se réchauffent plus vite que les hivers,
  • les journées très chaudes sont bien plus fréquentes qu’avant,
  • les nuits tropicales augmentent fortement,
  • et les jours de gel reculent.

Ce qu’il ne dit pas, en revanche, c’est qu’une station unique suffirait à elle seule à raconter toute la complexité du climat régional. Le document le précise honnêtement : la série peut intégrer des effets locaux, et aucune homogénéisation n’a été appliquée.

Mais même avec cette prudence, l’ampleur des écarts observés sur près de huit décennies reste difficile à réduire à une simple impression passagère.


📍 Pour Toulouse, un signal difficile à ignorer

Pris isolément, un été caniculaire ou un hiver doux peuvent toujours être rangés dans la catégorie des anomalies. Pris sur 79 ans, les chiffres racontent autre chose : une modification durable du profil thermique observé à Toulouse-Blagnac.

Et c’est sans doute là le point le plus intéressant de cette série. Elle ne demande pas d’adhérer à une posture. Elle oblige simplement à constater qu’en matière de températures, la Toulouse de 2025 n’est plus celle de 1947, ni même celle de 1961-1990.

En laissant de côté les slogans, il reste donc ceci : les données locales montrent une ville plus chaude, des étés plus marqués, des nuits lourdes plus fréquentes et un gel moins présent qu’autrefois.

Source analysée : document joint sur la station Toulouse-Blagnac (Meteostat 07630), série 1947-2025.