
Un premier foyer de charançon noir du figuier a été identifié en Haute-Garonne, à Montaigut-sur-Save. L’information mérite de la vigilance, pas de la panique : cet insecte venu d’Asie agit lentement, se cache volontiers et ses dégâts peuvent ressembler à ceux d’un arbre stressé par la sécheresse. Pour les propriétaires de figuiers à Toulouse et dans l’ouest toulousain, le bon réflexe consiste donc à apprendre où regarder, à ne pas transporter de bois suspect et à signaler une observation inhabituelle. Voici le mode d’emploi.

🐞 Un nouvel arrivant, mais pas un inconnu
Le charançon noir du figuier, Aclees taiwanensis, est un coléoptère originaire d’Asie. Il a d’abord été observé en Italie, où il s’est installé dans des pépinières et des vergers, avant d’être détecté en France en 2019, notamment dans le Var. Des signalements ont ensuite été confirmés dans d’autres départements, dont le Lot-et-Garonne.
La découverte réalisée en juin 2026 à Montaigut-sur-Save constitue le premier foyer connu en Haute-Garonne. Elle ne signifie pas que tous les figuiers toulousains sont menacés à court terme. Elle indique plutôt qu’une surveillance locale devient utile, car ce ravageur peut progresser discrètement avec les échanges de plants, de terre ou de bois infesté.
Le danger n’est pas une attaque spectaculaire en quelques jours, mais un affaiblissement progressif que l’on remarque parfois tard.
Le figuier est particulièrement présent dans les jardins de la métropole. Résistant à la chaleur, peu exigeant et associé à la culture méditerranéenne, il s’est parfaitement acclimaté aux murs, cours et coteaux toulousains. Cette proximité avec les habitations rend les particuliers essentiels à la détection précoce.
🔎 Comment reconnaître le charançon noir du figuier ?
L’adulte mesure environ 2 centimètres. Son corps est noir, parfois recouvert d’une pruinosité rosée, et son long rostre lui donne la silhouette typique d’un charançon. Il est surtout actif en fin de journée et la nuit : ne pas le voir en plein midi ne suffit donc pas à écarter sa présence.
Les adultes grignotent feuilles, bourgeons ou jeunes fruits, mais ce sont surtout les larves qui posent problème. La femelle pond au niveau du collet — la zone où le tronc rejoint le sol — ou dans des fissures et d’anciennes plaies de taille. Les larves blanc crème creusent ensuite des galeries dans l’aubier et près des racines superficielles. En perturbant la circulation de la sève, elles affaiblissent l’arbre sur la durée.
Les principaux indices à rechercher sont :
- des écoulements brunâtres ou gommeux à la base du tronc ;
- de petits trous, des galeries ou de la sciure près du collet ;
- un jaunissement ou un dépérissement progressif inexpliqué ;
- des morsures sur les jeunes pousses, feuilles ou figues ;
- la présence d’un gros charançon noir au crépuscule.
Un seul symptôme ne permet pas de poser un diagnostic. La sécheresse, un excès d’eau, un champignon ou une blessure mécanique peuvent provoquer des signes proches. C’est précisément pourquoi la photographie et le signalement sont préférables à un traitement improvisé.
🌳 L’inspection en cinq minutes, sans blesser l’arbre
Commencez par dégager doucement les herbes, feuilles mortes et rejets qui masquent le pied du figuier. Observez tout le pourtour du collet, puis remontez sur les premiers cinquante centimètres du tronc. Une lampe aide à repérer les cavités et les coulures. Examinez enfin les jeunes pousses et les fruits, de préférence au crépuscule.
Évitez de sonder profondément le bois avec un couteau ou une tige métallique : une blessure inutile peut ouvrir une nouvelle porte d’entrée. Si vous repérez un insecte suspect, photographiez-le de dessus et de profil avec un objet donnant l’échelle. S’il est capturé, la DRAAF Occitanie recommande de le conserver au frais dans un récipient fermé en attendant les instructions d’un inspecteur.
| À faire | À éviter |
|---|---|
| Photographier l’insecte et le pied de l’arbre | Arracher immédiatement un figuier sain |
| Noter la commune et la date | Déplacer du bois ou de la terre suspects |
| Surveiller régulièrement le collet | Appliquer un insecticide au hasard |
| Faire un signalement officiel | Confondre observation et diagnostic |
🛡️ Que faire en cas de suspicion près de Toulouse ?
Le charançon noir du figuier est un ravageur émergent et, à ce jour, il n’existe pas de solution miracle pour le jardinier. Les documents techniques mentionnent plusieurs mesures de prévention : garder le pied visible, supprimer les rejets qui compliquent l’inspection et éviter de déplacer des déchets issus d’un arbre possiblement infesté. Des méthodes biologiques à base de Beauveria bassiana sont étudiées ou utilisées dans certains contextes professionnels, mais elles ne doivent pas être appliquées sans avis adapté.
Le bon interlocuteur en Occitanie est la DRAAF, qui propose un formulaire de signalement des organismes nuisibles. Des photos nettes, la localisation précise et une description des symptômes aideront à distinguer ce charançon d’une espèce inoffensive. La FREDON Occitanie participe également à la surveillance sanitaire des végétaux.
Si une infestation est confirmée, les consignes de gestion dépendront de l’état de l’arbre et du contexte. Ne transportez pas les branches, les racines ni la terre attenante vers une déchèterie ou un autre jardin avant d’avoir obtenu un avis : le remède pourrait devenir un moyen de dispersion.
🍈 Les figues restent-elles consommables ?
Oui : le charançon noir ne transmet pas de maladie connue à l’être humain par les figues. Un fruit sain peut donc être consommé normalement. Le sujet est phytosanitaire, pas alimentaire. L’enjeu consiste à préserver les arbres et à mieux cartographier la présence de l’insecte.
Cette distinction est importante. Les espèces invasives donnent souvent lieu à des réactions disproportionnées : traitements préventifs systématiques, destruction d’arbres ou diffusion de fausses alertes. Une surveillance collective fondée sur des observations documentées est plus utile. Elle permet aux spécialistes de suivre l’extension réelle du foyer et d’intervenir là où cela compte.
À Toulouse, l’automne est le bon moment pour inspecter calmement le pied des figuiers. Un doute ? Prenez des photos, ne déplacez rien et transmettez le signalement aux services compétents : cinq minutes d’observation peuvent éviter plusieurs années de propagation silencieuse.